mercredi 31 décembre 2014

Premier(s)



L'homme vivait sur la Terre, avec quelques millions d'animaux. Sans trop savoir ce qu'il était. S'il avait pu entendre parler de Dieux -  il était encore trop tôt, lui-même ne parlait pas ! - il aurait affirmé qu'il en était un : aucun animal n'avait ce Pouvoir d'utiliser, de transformer les choses. Ce Pouvoir de maîtriser son territoire.

L'homme n'était pas modeste. Il est vrai qu'à cette époque, la modestie n'existait pas.

C'est dans une rivière que l'homme a découvert son humanité.
Une toute petite rivière, à peine plus qu'un ruisseau... Mais à la surface lisse et sombre, et l'homme ne savait pas nager.

Il voulait traverser, pourtant : en face, le ciel était plus bleu.

Avec une pierre aiguë qui dormait à côté, il a tranché un arbre qui poussait sur le bord, et l'arbre, docilement, a enjambé la rivière.

L'homme a regardé le premier pont artificiel. Il est monté dessus. Sans émotions : il n'était pas encore vraiment l'homme. Trois pas avant l'autre rive, il a glissé, il est tombé dans la rivière.

Il ne s’est pas noyé : la rivière, toute la rivière, avait un bras de profondeur.

Assis dans l'eau, trempé, il voyait son visage dans la surface, un visage bien trop petit pour être celui d'un Dieu.
Et devant lui, l'arbre abattu. A côté, la pierre dormante.

Pour la première fois, à la surface de la Terre, on entendit un drôle de bruit.

L'homme riait.

Le premier rire de l'homme, juste après la prise de conscience de l'homme, était amer.

Des enfants qui jouaient là, dans la clairière à côté, entendirent ce rire, et, curieux comme des enfants, vinrent regarder la pierre, l'arbre tombé, et l'homme mouillé qui riait dans la rivière.

Et tout d'abord, ils eurent très peur, ils se serrèrent les uns contre les autres.

L'homme s'arrêta de rire et les regarda.

Alors, comme tous les enfants ils s'enhardirent. L'un après l'autre, gauchement, ils traversèrent le pont, sans tomber.
Quand ils furent sur l'autre rive, ils se serrèrent à nouveau tous ensemble et ils regardèrent l'homme, avec de grands yeux étonnés.

Et l'homme sourit.

Le premier sourire de l'homme, juste après le premier rire de l'homme, fut tendre.
Et fugace.

Bêtement, c'est de lui qu'il eut honte.
Et ça n'a pas changé !

                                              ***   ***   ***   ***   ***   ***   ***   *** 

Premier rire, premier sourire...
Premier jour de 2015 :
une excellente année à tou(te)s. 
Souriez, riez, soyez heureux... Aussi souvent, aussi longtemps que vous pouvez l'être !

Philippe Colliard

P.S. : je vous avais annoncé, pour le premier de l'an, un texte souriant ! :) 
         Vous pouvez évidemment le retrouver, à la suite de « roulette russe » de « Georges » 
         et d’« Adolphe » (un petit texte tout bleu), en cliquant sur Ioran et autres textes

P.P.S. : mais oui, les maths reviennent... Dès le prochain article :)

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