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lundi 2 février 2015

Dans les coulisses de l'arborescence : les angles



Je l'ai déjà écrit ailleurs, "... Donc, d'après..." n'est ni un ouvrage de vulgarisation, ni un mémoire d'universitaire.
Il n'est qu'une tentative de construction de la géométrie - principalement plane - imposée aux collégiens et aux lycéens par les programmes du secondaire. Une construction aussi rigoureuse qu'il m'a semblé possible de le faire sans quitter le cadre de ces programmes.

Définir les éléments de cette construction ne s'est pas fait en un jour, et j'ai parfois dû batailler contre moi-même pour rester dans l'optique du secondaire actuel... Puis, l’ayant accepté, pour remettre en question certaines de mes habitudes.

Les angles en sont un bon exemple.

Dans le " septième voyage " du livre ( Donc, daprès puis, dans " extraits " cliquez sur " Partie 1 : la base de la base " ), après trois pages d'introduction (frontière et adjacence), j'en arrive à une définition des angles, suivie de quelques commentaires :

D-42 Angle : surface plane limitée par deux demi-droites de même origine.
N’oublie pas que ces deux demi-droites définissent deux angles (adjacents) !
Il est possible que ton prof. te définisse un angle comme la ligne formée par les deux demi-droites adjacentes. Je l’ai fait pendant très longtemps. Alors, un angle est-il une ligne ou une surface ? C'est une grave question (bien que limitée au collège et au lycée parce qu'après, un angle est défini très différemment !)... Pour des raisons de structure de ce livre, je préfère considérer ici un angle comme une surface…

Et là, dans ces dernières lignes, se cachent des heures de combat :
d'une part, pour ne pas « m’égarer » vers les rotations ou les vecteurs, alors que j'en mourais d’envie (le logiciel de CAO dont j'avais conçu le cœur ne s'appelait pas « Vectoria » par hasard !)
D'autre part, parce que pendant des années, j'avais effectivement considéré, au collège, un angle comme une ligne !
Pourquoi ai-je finalement décidé d'y voir une surface ? Et... Quelle importance ?

C'est en travaillant sur le sens du mot « périmètre » que j'ai sauté le pas, que je suis passé de l'angle-ligne à l’angle-surface. Étrange ? Au premier abord, peut-être. Mais dès qu'on creuse un peu...

Etymologiquement, « périmètre » est une « mesure autour », la mesure de la ligne-frontière d'une surface limitée : un disque, qui est une surface, a comme périmètre la longueur de son cercle-frontière.
En revanche, un cercle, qui n'est pas une surface, n'a pas de périmètre : comme toute ligne limitée - fermée ou non - il a une longueur !

(Peut-être devrais-je préciser ici que pour structurer «... Donc, d'après... », J'ai constamment privilégié - lorsqu'il y avait ambiguïté ou querelle de chapelles - l'étymologie par rapport à l'histoire : le « sens natif » d'un mot n'évolue pas alors que son « sens historique » peut varier selon l'humeur de l'époque)

Un cercle, donc, n'a pas de périmètre, parce qu'un cercle n'est pas une surface.

Alors qu'en est-il des polygones ? Il est habituel de parler du « périmètre d'un polygone » - de même, d'ailleurs que de « l'aire d'un polygone », alors que l'expression « longueur d'un polygone » est extrêmement rare. D'où mon choix, dans le livre, de définir un polygone comme une surface. Choix que je n'aurais pas eu à faire si, comme pour « cercle » et « disque », il existait deux mots différents, l'un pour la surface et l'autre pour la frontière d'un polygone !

Mais les angles, dans tout ça ? J'y arrive :)

Étymologiquement (oui, encore !) Un « polygone », c'est un « plusieurs - angles ». Et même si les Grecs ne manipulaient évidemment pas les opérations ensemblistes, il n'est pas ridicule de se poser la question : « plusieurs, au sens de quelle opération ? »

La réponse ne peut certainement pas être au sens de la réunion : qu'on décide d'envisager un angle comme une ligne ou comme une surface, il s'agit d'un élément illimité - et la réunion d'éléments illimités est illimitée, alors qu'un polygone ne l'est pas.

L’intersection, alors ? Pourquoi pas, mais à deux conditions :

      -   d'une part, décider qu'un angle est une surface - l'intersection d’angles-lignes serait un ensemble limité de points,

      -   d'autre part, restreindre - au moins dans un premier temps (le collège) - le mot « polygone » à des surfaces convexes (des polygones élémentaires)... quitte à l'étendre ensuite à toute réunion d'un ensemble fini de ces polygones élémentaires.

En procédant ainsi, l'étymologie de « polygone » prend tout son sens, et le travail sur les polygones également, puisqu’il devient naturel d'envisager une décomposition d'un polygone concave en polygones convexes (qui en seraient des polygones élémentaires)... et de s'intéresser de près aux angles de ces polygones !

Voilà pourquoi il m’a bien fallu admettre que définir au collège les angles comme des surfaces était plus efficace, plus prometteur que les définir comme des lignes. Mais ça n'a pas été sans résistance de ma part :)

Voilà également pourquoi les polygones convexes font une apparition discrète dès la partie 1 du livre (les sept « voyages ») , dans un chapitre qui porte principalement sur les angles… Et dont vous comprenez peut-être mieux maintenant pourquoi il commence par définir « frontière », « périmètre » et « adjacents », alors que l'étude proprement dite des polygones ne prend place que dans la partie 3 (Évolutions dans un plan).

Maintenant, angle-ligne ou angle-surface... Est-ce vraiment important ?

Là encore, je l'ai déjà dit ailleurs : je suis contre toute pensée unique.
Bien entendu, pour écrire «... Donc, d'après... », il était important que je choisisse une définition qui ne m'envoie pas dans un mur.
Mais en classe, il me semble que les deux restent acceptables, à condition toutefois de leur associer un vocabulaire adapté : si vous décidez que l'angle est une ligne, alors il sépare le plan en deux « secteurs angulaires »... Et la « mesure de l'angle » est habituellement en ce cas - au collège - la mesure du secteur angulaire convexe (de chacun des secteurs angulaires convexes dans le cas des angles plats), excepté pour l'angle « nul » !

Ligne ou surface... L'important est de permettre une réflexion, n’est-ce pas ?

Merci de votre fidélité à ce blog, et, je l’espère, à bientôt ?

Philippe Colliard
 

lundi 26 janvier 2015

Prenez un gen gen gen, un gentil dinosaure…

Peut-être ne connaissez-vous pas Polo. D'ailleurs, Polo n'est pas son vrai nom : il s'appelle Pierre Lamy. Il est chanteur compositeur et je ne l'ai découvert que le mois dernier, au cours d'une conférence animée par le professeur Jean Dhombres, dans la petite salle du Centre Pompidou.
(Math’NPop, 15 décembre 2014 : http://www.bpi.fr/agenda/mathn-pop)

La vidéo de cette conférence est ici :  
et Polo y fait son entrée vers la marque 1h10 (la conférence dure plus de 2 heures, 2 heures que j'avais trouvées passionnantes).

En une dizaine de minutes, Polo explique la genèse d'une chanson qu'il a écrite pour et avec des enfants de maternelle - mais il a bien sûr écrit beaucoup d'autres chansons, y compris pour Johnny Hallyday ou Enrico Macias... Si vous voulez tout savoir de son parcours,

Bon, où sont les maths, là-dedans ?
Patience.

D'abord, elles étaient au centre de la conférence : deux heures à lier mathématiques et musique.

Ensuite, cela fait maintenant un mois que sa chanson me trotte dans la tête... Preuve qu'il est vraiment très fort - ou que je suis vraiment très influençable.

Pas toute la chanson : sa musique, et son refrain (pardon, son « chorus », d’après un des conférenciers) : 

Prenez un gen gen gen, un gentil dinosaure     

Et petit à petit, beaucoup de pensées se sont greffées sur ces mots. Certaines un peu nostalgiques, d'autres aigres-douces, peut-être... D'autres encore, franchement amères - ou peut-être, tout simplement, désespérées.

Pendant plus de 40 ans, j'ai compris les maths comme la science du raisonnement. Comme la science qui encourageait à penser juste, à vaincre les sophismes, les illogismes de toutes sortes, à se défier des sectes et des beaux parleurs de la politique ou de la société de consommation. Comme la science qui formait l'esprit.

Je me suis plongé dans le collège, je n'ai pas voulu le quitter parce qu'il me semblait que tout se jouait là. Parce qu’une passion des mathématiques pouvait commencer là, par de premières démonstrations simples, de premiers outils qui serviraient à d'autres démonstrations plus complexes, des démonstrations « à étages ». Parce que des enfants de ce qu'on appelait pudiquement les « catégories défavorisées » - que ce soit financièrement ou socialement - pouvaient se saisir de ces maths là indépendamment de leur maîtrise du français.

Et puis les programmes ont commencé à évoluer, à mon sens, à se déstructurer. Un verbiage prétentieux a fleuri, qui cachait une misère de plus en plus grande et de plus en plus évidente des « attendus » réels des élèves de collège.

L'engouement pour les machines n'a rien arrangé, en tirant les mathématiques vers une simple technique dont il suffisait de maîtriser quelques codes (non, je n'ai rien contre l'informatique : en 1985, j'ai composé, sur Amstrad, l’un des premiers logiciels grand public de mathématiques, en 1990, j'ai « co-composé », avec mon ami Marc Merzoug, un logiciel de CAO-DAO qui a eu son heure de gloire en de nombreux pays, et jusqu'à cette année, j'ai été le responsable informatique de mon collège). 

Prenez un gen gen gen, un gentil dinosaure …     

Au sein de « mon » académie, l'académie de Versailles, je me suis battu pendant plus de dix ans, aux côtés de professeurs et d'inspecteurs passionnés, pour promouvoir des mathématiques qui ne feraient pas semblant, à qui l'on ne demanderait pas d'être « ludiques » par incapacité à les montrer passionnantes.

Des mathématiques qui sortiraient des «tripes » des profs, pas des pages d'un manuel. Qui redonneraient leur place à l'imagination, à la fantaisie, au jeu d'acteur, à la communication entre un prof et TOUTE sa classe.

Je me suis pris au jeu, je me suis pris à rêver : il fallait pouvoir offrir aux profs un livre qui imaginait, qui faisait réfléchir - et parfois rire – mais avant tout, un livre qui démontrait toute la géométrie du collège. TOUTE.
Avec un langage simple, et pourtant une rigueur absolue.

Avec également beaucoup de... Gentillesse, de complicité ! 

Prenez un gen gen gen, un gentil dinosaure …     

Ce livre n'existait pas, mais dans leur grande majorité, me disais-je, les professeurs feraient des bonds de joie s'il existait.

Je l'ai écrit. Il n'est pas parfait, bien sûr... Mais il est très certainement unique et, je le crois toujours, indispensable !

Je l'ai écrit, je l'ai édité - à travers une minuscule maison d'édition fondée pour lui. Il me semblait qu'il en valait la peine. Avec un ami - un prof de maths, mais avant tout un de ces rares amis réellement engagés - nous l'avons fait connaître.
Auprès de plus de 3000 professeurs, auprès de plus de 1000 CDI, auprès de parents et d'élèves.

Ceux qui l’ont lu, dans leur très grande majorité, l'ont apprécié. Professeurs, parents, adolescents. Un livre écrit pour eux, vraiment pour eux. Un livre dont je rêvais qu'il aurait un jour sa place dans tous les CDI de France, au même titre que les « Bescherelle ». Et non, pas pour des raisons commerciales. Parce que les profs, ceux des collèges et des lycées, auraient un outil qui leur manquait.

 (J'aimerais beaucoup qu'avant de poursuivre, vous preniez le temps de (re)lire cet article, déjà ancien de quatre mois : 

Prenez un gen gen gen, un gentil dinosaure …     

Des parents, des adolescents ont acheté «... Donc, d'après... ». En ligne ou en librairie.

Mais en un an, savez-vous combien de professeurs l'ont fait ? Combien de CDI ?

80 profs, 2 CDI.

« Mes » maths s'éteignent. 

J'étais un gen gen gen, un gentil dinosaure … 

Un peu rêveur, peut-être.
Maintenant, je ne suis plus qu'un dinosaure…

Et pourtant non, je n'arrêterai pas de me battre pour ces maths du passé.

Philippe Colliard

mercredi 7 janvier 2015

Charlie

C'est l'horreur.
J'ai à la fois envie de pleurer et de hurler. Je ne sais pas dans quel ordre.

                                         http://www.charliehebdo.fr/index.html